Corruption, Crise, Coronavirus : le “triple C” libanais

Bulletin COVID-19, Liban

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Le système libanais succombera-t-il au coronavirus ? Si les mouvements sociaux qui se multipliaient depuis l’automne 2019 ont été mis en pause le temps de lutter contre la pandémie, les braises de la contestation se rallument peu à peu.

Car la pandémie exacerbe les inégalités d’une situation économique déjà intenable pour la grande majorité de la population. Les réformes économiques nécessaires depuis la fin de la guerre civile n’ont pas été menées ; la dette devrait atteindre 160% du PIB fin 2020 (elle était de 155% fin 2019) ; les mécanismes d’ingénierie financière n’ont pas empêché le défaut de paiement en mars dernier et la dépréciation de la livre libanaise se poursuit entraînant une inflation galopante. Le gouverneur de la banque centrale et le gouvernement se rejettent la faute dans un pays classé en 2019 par Transparency International en 137e position (sur 180) des pays les plus corrompus.

La population libanaise est au cœur de la tempête à bord d’un navire sans gouvernail : la pauvreté devrait bientôt frapper près de 60% de la population ; les banques bloquent les avoirs, accentuant le sentiment de dépossession des petits épargnants ; les populations les plus marginalisées, telles que les travailleurs.euses domestiques migrant.e.s, font face à une situation des plus alarmantes. Bon nombre de ces travailleurs.euses ont vu leurs moyens financiers complètement disparaître du jour au lendemain. Ces personnes, arrivées au Liban par le système du Kafala qui lie leur permis de séjour à un contrat avec l’employeur, se retrouvent désormais sans emploi, ressources ou papiers (bien souvent saisis par leur employeur). Un million et demi de Syrien.ne.s seraient également réfugié.e.s au Liban et une aggravation de la situation économique et/ou sanitaire aurait un impact dramatique.

Face à la nécessité de trouver de quoi manger, le port du masque contre le virus devient bientôt vite accessoire, augmentant ainsi le risque de deuxième vague. Nécessité faisant loi, les Libanais réinvestissent néanmoins les rues et les réseaux sociaux – souvent de manière créative – pour dénoncer la mauvaise gestion financière et la corruption du pouvoir.

Pour répondre à ces mouvements, le gouvernement a jusqu’à maintenant choisi la force. Depuis le début des manifestations, la police a procédé à des arrestations arbitraires et violentes dénoncées par les organisations de défense des droits humains. Les autorités font appel à l’appareil sécuritaire, jouant sur les différentes composantes d’un système confessionnel complexe, pour faire taire les revendications en termes de droits humains.

Les réponses des autorités dans les prochaines semaines pourront-elles apaiser la situation ? Les premières mesures n’en prennent pour le moment pas le chemin.