Depuis début mars 2026, la reprise des hostilités au Liban et dans l’ensemble du Moyen-Orient a aggravé la crise humanitaire déjà enclenchée par le génocide, toujours en cours, à Gaza et en Cisjordanie.
Dans toute la région, les femmes et les filles représentent un pourcentage significatif des victimes recensées dans la récente vague de violences. Elles sont touchées de manière disproportionnée par les déplacements répétés, l’effondrement des services essentiels et une exposition accrue aux violences basées sur le genre.
Nous, membres du Groupe de travail régional Droits des femmes, Justice de genre et Libertés d’EuroMed Droits exprimons notre profonde préoccupation face aux impacts genré de ces guerres. Ceux-ci constituent une grave régression dans la protection des droits fondamentaux des femmes et des filles à la vie, à la santé, à la dignité et à la sécurité dans la région euro-méditerranéenne.
Cette escalade a contraint des centaines de milliers de femmes et de filles à se réfugier dans des abris surpeuplés, sans intimité. Elle a perturbé les services de santé reproductive et a fortement accru les risques de violences basées sur le genre, notamment les violences sexuelles et sexistes.
Au Liban seulement, plus de 1,2 million de personnes ont été déplacées, dont environ 620 000 femmes et filles, soit près d’un quart de la population féminine du pays. Parmi elles figurent 325 500 femmes en âge de procréer, dont environ 13 500 femmes enceintes, et près de 1 500 accouchements sont attendus dans les 30 prochains jours. Nombreuses sont celles, dont 1 700 femmes enceintes dans le sud du Liban, qui sont désormais coupées des soins essentiels, les établissements de santé étant ciblés par les bombardements israéliens ou contraints de fermer.
À l’échelle du Moyen-Orient, plus de 18 millions de femmes et de filles sont actuellement exposées à un risque accru de violences basées sur le genre en raison de l’insécurité, des déplacements et de l’effondrement des mécanismes de protection.
À Gaza, la situation demeure catastrophique. Les femmes et les filles représentent près de la moitié des victimes civiles, tandis que les adolescentes constituent 12 % des survivantes des cas signalés de violences basées sur le genre. Les taux de natalité chez les adolescentes ont plus que doublé par rapport à la période d’avant-guerre.
Au-delà de ces impacts immédiats, les conséquences sont profondes et durables. Plus de 260 établissements de santé et 14 unités médicales mobiles ont déjà cessé de fonctionner dans les zones affectées à Gaza, au Liban et ailleurs, limitant gravement l’accès aux soins maternels et reproductifs.
Des années de déplacements répétés, de traumatismes et de violences ont laissé des séquelles psychologiques profondes et irréversibles : à Gaza, quatre jeunes sur dix présentent des symptômes de dépression ou d’anxiété modérée à sévère, tandis que 61 % montrent des signes de stress post-traumatique.
L’interruption de l’éducation des filles risque de créer une génération perdue, augmentant les risques de mariages précoces et forcés, du travail des enfants et d’une marginalisation économique durable.
La guerre devrait coûter entre 120 et 194 milliards de dollars aux économies de la région (soit 3,7 à 6 % du PIB), les femmes – déjà surreprésentées dans l’emploi informel et consacrant en moyenne 4,2 heures par jour aux soins non rémunéré – sont confrontées à des pertes de moyens de subsistance accrues et à un risque accru de pauvreté.
Ces perturbations auront des conséquences intergénérationnelles graves, notamment une augmentation des complications liées à la santé maternelle et infantile, un renforcement des inégalités de genre et des obstacles durables à la relance économique inclusive dans la région.
Nous sommes profondément préoccupé.e.s par les lacunes persistantes en matière de financement, qui entravent les réponses essentielles liées aux violences basées sur le genre et à la santé maternelle. De nombreux espaces sûrs pour les femmes et les filles ferment ou restent sous-financés. Sans action immédiate et décisive, cette crise causera des dommages irréparables à des générations de femmes et de filles, tout en minant la crédibilité de l’Union Européenne en tant que défenseur mondial des droits humains et de l’égalité de genre.
En solidarité avec toutes les femmes et filles affectées par la guerre et la violence dans la région euro-méditerranéenne, nous appelons la communauté internationale à condamner les impacts genrés de ces guerres et à soutenir des efforts concertés pour protéger les droits, la dignité et la sécurité de toutes les femmes et filles au Liban, à Gaza, en Syrie et dans l’ensemble de la région, sans discrimination.
- 80:20 Educating and Acting for a Better World
- Adala pour le droit à un procès équitable
- Collectif des familles de disparu·e·s en Algérie
- Comité pour le respect des libertés et des droits humains en Tunisie
- Fédération nationale Solidarité Femmes
- Fondation internationale Women Without Violence
- Forum égyptien des droits humains
- Groupe budgétaire des femmes du Royaume-Uni
- Institut méditerranéen d’études de genre
- KAFA (contre la violence et l’exploitation)
- KVINFO – Centre danois pour le genre, l’égalité et la diversité
- Ligue française des droits de l’Homme
- Ligue tunisienne des droits de l’Homme
- Organisation marocaine des droits humains
- Organisation féministe Kayan
- Réseau des femmes contre la violence (Italie)
- Centre libanais des droits humains
- Centre palestinien pour les droits humains
- Centre pour l’assistance juridique des femmes égyptiennes
- Fondation de la Femme Nouvelle
- Association tunisienne des femmes démocrates
