Drame Nador-Melilla: lettre ouverte au gouvernement marocain

Dans une lettre ouverte aux autorités marocaines, 8 ONG de défense des droits humains demandent la fin des déplacements forcés des migrant.e.s et réfugié.e.s au Maroc.

Madame, Messieurs,

Nous, organisations signataires de cette lettre ouverte, appelons* à vos responsabilités constitutionnelles et politiques pour l’arrêt immédiat des opérations sécuritaires en cours dans tout le territoire visant les personnes en migration et les exilés.

Depuis le drame de Nador-Melilla, nous assistons à une intensification des opérations sécuritaires à l’encontre des personnes exilées. Des personnes blessées sont déplacées du nord vers le centre et le sud du pays, hors de tout cadre légal. Des réfugiés détenteurs d’une carte délivrée par le HCR au Maroc sont victimes d’arrestations arbitraires, exécutées sur la base du critère de la couleur noire de leur peau. Des opérations qui seraient mis en cause dans deux décès supplémentaires constatés à Oujda à la suite d’une opération de refoulement le 22 juin dernier.

Ces opérations doivent cesser ! Nous sommes dans une grave situation humanitaire !

Des personnes sont blessées, sans accès aux soins, sans accès à la nourriture et à la protection humanitaire font l’objet de harcèlement intense !

Des témoignages, des photos et des vidéos choquantes, contraires à la politique humaniste et radicalement différente que celle que souhaitait mettre en place le Maroc depuis 2013.

Ces déplacements forcés et ces arrestations ne protègent nullement les migrants et les réfugiés des « réseaux de traite et de trafic d’êtres humains » que le gouvernement marocain affirme sans cesse combattre. Bien au contraire, ces opérations fragilisent les exilés et risquent d’intensifier leur vulnérabilité.

Ces opérations, dans ce contexte de crise humanitaire, sont contraires à l’esprit de la Convention de Genève et de l’ensemble des documents onusiens et africains dont le Maroc est signataire et qu’il porte comme défenseur de la voix du continent africain dans les instances régionales et multilatérales. Face à cette situation :

  • Nous appelons à votre responsabilité constitutionnelle pour prendre toutes les mesures nécessaires et immédiates pour préserver des vies humaines
  • Nous appelons à votre responsabilité et mandat politique pour donner vos instructions pour que cessent ces opérations
  • Nous appelons à votre devoir humanitaire et votre citoyenneté pour agir en urgence pour sauver des personnes vulnérables

Les signataires :

  1. L’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH)
  2. L’Association aides aux migrants en situation de vulnérabilité (AMSV)
  3. Association Adesguim
  4. L’Association pour la taxation des transactions en aide aux Citoyens (ATTAC CADTM Maroc)
  5. Caminando Fronteras
  6. Le Collectif des communautés subsahariennes au Maroc (CCSM)
  7. Pateras de la Vida-Maroc
  8. EuroMed Droits

*Cette lettre ouverte était adressée aux autorités marocaines suivantes: M. Le Chef du gouvernement, M. Le Ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, M. Le Ministre de l’Intérieur, Mme La Présidente du Conseil national des droits de l’Homme, M. Le Délégué interministériel aux droits de l’Homme et M.. Le Médiateur du Royaume du Maroc