Déclaration de Beyrouth 28 novembre 2025

Nous, participants au Séminaire régional de la société civile qui s’est tenu à Beyrouth, au Liban, les 28 et 29 novembre 2025;

Face à l’érosion continue de l’ordre politique international, à la domination des régimes autoritaires et à l’obstruction de la justice pour les peuples, notamment dans la région méditerranéenne;

 

Réaffirmant les conclusions de nos précédentes rencontres de Casablanca en février 2024 et d’Istanbul en février 2025;

Affirmons ce qui suit : 

 

1. Nous constatons que le génocide en Palestine n’est pas encore terminé, mais qu’il s’agit d’un processus continu qui s’accompagne de l’expansion de l’occupation israélienne des territoires palestiniens, libanais et syriens, ce qui exige de le combattre par tous les moyens légitimes afin de garantir la justice et la reddition des comptes et de rétablir la confiance dans un système international fondé sur les principes de la Charte des Nations Unies, en particulier ceux relatifs à la prohibition de l’acquisition de territoires par la force et au respect du droit des peuples à l’autodétermination.

 

2. Nous affirmons que le génocide est un crime collectif qui n’aurait pas été possible sans le soutien militaire et commercial des pays riverains de la Méditerranée. En conséquence, nous appelons tous les États à revoir leurs relations avec Israël en tant que puissance occupante et à cesser de lui fournir des armes. Nous rappelons à l’Union européenne et à ses États membres leur obligation de respecter les arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne, qui consacrent le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, et nous les exhortons à suspendre l’accord d’association avec Israël, notamment en matière de coopération économique, qui ne requiert pas l’unanimité des États membres.

 

3. Nous condamnons les sanctions américaines imposées à la Cour pénale internationale, à ses juges et à la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, Francesca Albanese, ainsi qu’aux organisations palestiniennes de défense des droits humains Al-Haq, Al-Mezan et le Centre palestinien pour les droits de l’homme, pour leurs efforts visant à obtenir justice pour les Palestiniens. Nous affirmons notre droit de leur témoigner notre solidarité et de coopérer avec elles, et nous appelons l’Union européenne et ses États membres à prendre les mesures nécessaires pour activer le EU Blocking Statute permettant de prévenir les effets de ces sanctions et de protéger l’indépendance de la Cour, afin qu’elle puisse exercer ses fonctions et mettre en œuvre ses décisions sans entrave ni menace.

 

4. Nous constatons la persistance des restrictions aux libertés publiques dans plusieurs pays des deux rives de la Méditerranée, le ciblage des organisations de défense des droits humains, des défenseurs des droits humains, des juges, des avocats, de la presse indépendante et des manifestations pacifiques, ainsi que la recrudescence des pratiques de répression numérique et transnationale. Nous insistons sur la nécessité de protéger le mouvement des droits humains dans la région et son indépendance afin de contrer le déclin des valeurs démocratiques et de développer des mécanismes efficaces de solidarité entre ses acteurs. Nous exhortons également nos organisations partenaires de la société civile à renforcer leur coordination avec les partis politiques, les syndicats et les autres forces sociales, et à rechercher des sources de financement alternatives aux sources étrangères.

 

5. Nous saluons l’avis consultatif rendu par la Cour internationale de Justice sur les obligations des États en matière de changement climatique et nous appelons les États riverains de la Méditerranée à mettre en œuvre les obligations juridiques qui y sont énoncées. En effet, le changement climatique n’est pas une simple question technique, mais une question de droits et de démocratie qui affecte directement le droit à la vie et à la dignité. Nous invitons également le mouvement de défense des droits environnementaux à s’appuyer sur cet avis dans ses actions de plaidoyer et ses contentieux relatifs à l’environnement et au climat.

 

6. Nous prenons note de l’adoption du pacte pour la Méditerranée et de la stratégie de l’Union européenne pour la société civile, et nous réitérons notre position de rejet d’un dialogue strictement formel avec les institutions de l’Union européenne. Nous les appelons à considérer la société civile de défense des droits humains comme un partenaire fondamental et authentique dans la détermination de l’avenir de la région méditerranéenne et dans la formulation de politiques et de plans de mise en œuvre qui tiennent compte des droits des populations, notamment en ce qui concerne leur souveraineté sur leurs ressources naturelles, ainsi qu’à placer les questions relatives aux droits humains au cœur des politiques de coopération économique et de sécurité au lieu de les traiter comme des questions secondaires.