Aggravation de la situation en Libye : un effet domino pour les migrant.e.s en Tunisie

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Depuis que l’UE et l’Italie ont signé un accord avec la Libye pour réduire le nombre d’arrivées en Europe il y a cinq ans, plus de 82.000 personnes ont été interceptées par les soi-disant garde-côtes libyens (32.425 personnes pour la seule année 2021).

Après avoir été repoussé.e.s en Libye, les migrant.e.s sont confronté.e.s à des violations systématiques qui peuvent s’apparenter à des crimes contre l’humanité. La détention arbitraire, la torture, les disparitions forcées, les abus sexuels et les viols constituent la norme dans les centres de détention libyens, qui sont en grande partie gérés par des milices.   

Plus de 20.000 migrant.e.s ont disparu en 2021 après avoir été intercepté.e.s par les garde-côtes libyens et probablement envoyé.e.s dans des centres de détention informels. En janvier 2022, le département libyen de lutte contre la migration illégale a violemment fait irruption dans une installation informelle de migrant.e.s à Tripoli et a détenu plus de 600 personnes dans le centre d’Ain Zara.   

L’escalade de la violence contre les migrant.e.s en Libye a des effets sur les pays voisins, notamment la Tunisie. Comme indiqué dans le dernier podcast d’EuroMed Droits et dans notre soumission au Rapporteur spécial sur les droits de l’homme des migrants, de nombreux migrant.e.s en Libye décident de traverser la frontière vers la Tunisie pour atteindre les villes de Sfax, Medenine et Zarzis. On estime à plus de 3.000 le nombre de migrant.e.s vivant dans les régions méridionales de Zarzis et Medenine, dont beaucoup sont arrivé.e.s de Libye, soit par la frontière terrestre, soit après avoir été intercepté.e.s en mer par les autorités tunisiennes.   

Aucune perspective en Tunisie pour les migrants  

Une fois en Tunisie, les perspectives pour les communautés de migrant.e.s sont limitées : les demandeur.se.s d’asile ne bénéficient d’aucune protection, la plupart des migrant.e.s n’ont aucun moyen de régulariser leur statut et le chômage est généralisé. Le gouvernement impose également une amende en fonction de la durée du séjour irrégulier d’une personne dans le pays.   

Les migrant.e.s subsaharien.ne.s font également l’objet d’actions discriminatoires de la part des autorités tunisiennes : une augmentation des arrestations arbitraires a été observée à l’encontre de la communauté subsaharienne (visant principalement les étudiant.e.s) et des rapports font état d’expulsions collectives vers la Libye visant des migrant.e.s subsaharien.ne.s intercepté.e.s en mer.   

A Zarzis, la communauté des migrant.e.s proteste depuis le 14 février dernier contre la décision du Haut-Commissariat aux Réfugiés de les expulser des abris et de diminuer l’assistance. Dans cette situation de précarité généralisée, et sans argent pour payer l’amende susmentionnée, de nombreuses personnes tentent de traverser la route de la Méditerranée centrale vers l’Italie, une route qui a fait au moins 1.553 morts en 2021.   

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