Dans le prolongement de la Journée mondiale de la santé mentale du 10 octobre, EuroMed Droits appelle les États et les institutions compétentes à faire de la santé mentale des personnes en migration et des proches de migrants disparus une priorité de santé publique et de protection des droits humains.
Des violences du parcours aux conditions d’accueil : une souffrance qui se prolonge
La santé mentale des personnes en migration est liée aux expériences vécues avant le départ, pendant le trajet et après l’arrivée. Les conflits, les persécutions, les violences et les séparations familiales laissent des traces auxquelles s’ajoutent parfois la détention, la précarité du logement, le racisme et l’incertitude du statut juridique. L’arrivée dans un pays de transit ou de destination ne met donc pas nécessairement fin aux situations qui fragilisent la santé mentale.
Dans son rapport Death, despair and destitution, publié en février 2024, MSF rassemble des observations médicales et opérationnelles ainsi que des témoignages recueillis dans 12 pays d’Europe et d’Afrique et en Méditerranée centrale. L’organisation décrit les conséquences cumulées des politiques et pratiques migratoires européennes sur la santé, le bien-être et la dignité des personnes. Son analyse relie les violences rencontrées sur les routes aux situations d’enfermement, de précarité et d’exclusion vécues pendant le transit et après l’arrivée. Les équipes de Médecins du Monde décrivent aussi une prédominance de symptômes anxieux chez les personnes nouvellement arrivées. Chez celles qui restent plus longtemps dans les centres et ont connu plusieurs tentatives infructueuses de passage vers l’Union européenne, elles observent davantage de symptômes dépressifs, d’apathie et de sentiment d’impuissance. Elles associent ces difficultés à l’incertitude prolongée, aux conditions de vie, aux violences frontalières et à la séparation des réseaux de soutien. Reconnaître la souffrance ne signifie pas considérer toutes les personnes migrantes comme traumatisées. La détresse psychologique doit être distinguée d’un trouble diagnostiqué.
Pour les proches des personnes disparues, le soutien doit accompagner la recherche de réponses
L’incertitude prend une dimension particulière lorsqu’un proche disparaît au cours de son parcours migratoire. Sans information fiable sur son sort ou le lieu où il se trouve, les familles restent confrontées à des questions auxquelles elles ne peuvent répondre. Pauline Boss décrit cette expérience comme une « perte ambiguë » : la personne est physiquement absente, mais demeure présente dans la vie psychique et familiale. L’espoir de la retrouver et la peur de sa mort peuvent coexister. L’accompagnement doit faire une place à cette incertitude, sans pousser les proches à accepter un décès non confirmé ou à abandonner leurs recherches. Les besoins exprimés par les familles montrent combien la souffrance psychologique et les obstacles institutionnels sont liés. Le rapport de l’OIM consacré aux familles de migrants disparus en Espagne, publié en 2021, analyse notamment la manière dont les cadres juridiques et les procédures concernant les personnes disparues et les dépouilles non identifiées facilitent ou entravent l’accès des familles à l’information et à la justice.
Garantir des soins, une protection et des réponses effectives
EuroMed Droits appelle les États, les autorités publiques et les institutions compétentes à :
- Garantir un accès effectif et continu aux soins de santé mentale, quel que soit le statut migratoire, un interprétariat qualifié et un accompagnement adapté aux besoins linguistiques et culturels.
- Agir sur les conditions qui entretiennent la souffrance, notamment les violences, les discriminations, l’absence de logement, les séparations familiales et l’incertitude administrative prolongée. Cela implique de mettre fin à la détention des enfants.
- Associer le soutien aux proches de disparus à une recherche effective de réponses, en proposant une assistance psychologique, sociale et juridique durable.
- Soutenir les associations et la participation des personnes concernées, en finançant les organisations de proximité et les associations de familles, et en leur donnant une place dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des dispositifs.
