POURQUOI LES DROITS DES PERSONNES LGBTQIA+ DOIVENT ÊTRE DÉFENDUS À TRAVERS LA RÉGION EURO-MÉDITERRANÉENNE REGION

Déclaration des membres de la Commission LGBTQIA+ du Groupe de Travail Régional d’EuroMed Droits sur les Droits des Femmes, la Justice de Genre et les Libertés Individuelles, à l’occasion de la Journée Internationale contre l’Homophobie, la Biphobie et la Transphobie (IDAHOBIT) 2026. 

Le thème mondial de cette année pour l’IDAHOBIT, « Au cœur de la démocratie », souligne que la démocratie ne peut exister là où la discrimination, la criminalisation et l’exclusion persistent, privant les personnes de leurs droits fondamentaux et de leurs libertés. 

Alors que le monde marque aujourd’hui, le 17 mai, la Journée Internationale contre l’Homophobie, la Biphobie et la Transphobie (IDAHOBIT), les personnes LGBTQIA+ à travers la région euro-méditerranéenne continuent de faire face à la violence, à la criminalisation, à la discrimination, à l’exclusion et au musellement. Si les réalités diffèrent selon les pays et les contextes, une tendance se dessine de plus en plus clairement sur les deux rives de la Méditerranée : les mouvements anti-droits se renforcent, se coordonnent davantage et bénéficient d’une légitimation politique croissante. 

Dans toute la région, les personnes LGBTQIA+ continuent d’être ciblées par des lois discriminatoires, des discours de haine, du harcèlement en ligne, des arrestations arbitraires, des restrictions à la liberté d’expression et d’association, ainsi qu’une stigmatisation sociale généralisée. Ces réalités sont souvent amplifiées pour les personnes LGBTQIA+ migrantes, réfugiées, racisées, ou vivant dans des contextes de conflit, d’occupation ou de déplacement. 

À travers la région euro-méditerranéenne, les acteur·ice·x·s anti-droits et anti-genre intensifient leurs attaques contre les communautés, les militant·e·x·s et les organisations LGBTQIA+. Cette offensive s’accompagne d’un rétrécissement croissant de l’espace civique et d’un musellement grandissant des défenseur·e·x·s des droits humains ainsi que de la société civile indépendante. Dans plusieurs pays de la région, les droits des personnes LGBTQIA+ sont présentés comme étrangers ou incompatibles avec les cultures locales, afin de justifier la répression et l’exclusion. Ailleurs, les mouvements conservateurs et repressifs instrumentalisent de plus en plus la rhétorique anti-genre, le nationalisme et les soi-disant « valeurs traditionnelles » pour démanteler des droits durement acquis et légitimer la discrimination. 

Les droits des personnes LGBTQIA+ sont des droits humains. L’égalité, la dignité, la liberté et la protection contre la discrimination sont des droits universels qui appartiennent à toutes les personnes, quelles que soient leurorientation sexuelle, leur identité de genre, leur expression de genre ou leurs caractéristiques sexuelles. Les personnes LGBTQIA+ ont toujours existé et continuent de s’organiser, de résister, de créer, de prendre soin et de plaider, souvent dans des conditions extrêmement difficiles et dangereuses. 

Au-delà des gestes symboliques ponctuels qui peinent à répondre aux réalités du terrain, le contexte actuel appelle à des alliances plus solides et à une action collective entre les mouvements LGBTQIA+, les mouvements féministes et les luttes pour les droits humains au sens large, à travers la région euro-méditerranéenne. 

Nous appelons l’Union européenne, ses États membres et les gouvernements nationaux de la région euro-méditerranéenne à dépasser les engagements symboliques et à adopter des mesures concrètes pour protéger et faire progresser les droits des personnes LGBTQIA+. 

Concrétiser ces engagements requiert des mesures effectives, notamment : 

  • L’intégration explicite des droits des personnes LGBTQIA+ dans le futur Plan d’action de l’Union Europénne pour l’égalité de genre IV (GAP IV), à travers des engagements clairs, des indicateurs dédiés et des mécanismes de redevabilité ;  
  • L’élaboration, la révision et l’allocation de ressources adéquates pour la Stratégie européenne pour l’égalité LGBTIQ 2026-2030, en pleine consultation avec les parties prenantes à travers le monde ;  
  • La mise en place d’un reporting obligatoire par les délégations de l’UE sur les programmes liés aux droits LGBTQIA+, les efforts de protection et l’engagement avec les organisations locales de la société civile ;  
  • Un financement dédié, accessible et durable pour les organisations LGBTQIA+, les mouvements et les défenseur·e·x·s des droits humains à travers la région euro-méditerranéenne ;  
  • L’intégration des préoccupations relatives aux droits humains, y compris celles liées au manque d’accès et de jouissance des droits par les personnes LGBTQIA+, dans la mise en œuvre du Pacte pour la Méditerranée, notamment à travers ses plans d’action et initiatives associées ;  
  • Le renforcement des mécanismes de protection pour les militant·e·x·s et les organisations confronté·e·x·s à la répression, à la criminalisation, à la surveillance et aux attaques numériques ;  
  • L’inclusion effective des perspectives LGBTQIA+ dans l’ensemble de l’action extérieure de l’UE, notamment dans le futur Plan d’action de l’UE pour les droits humains et la démocratie 2028-2034 ;  
  • La poursuite et le renforcement de l’opposition aux mouvements anti-droits qui cherchent à affaiblir les protections universelles des droits humains. 

Les droits des personnes LGBTQIA+ ne peuvent continuer à être traités comme des enjeux secondaires ou optionnels au sein des cadres plus larges des droits humains et de l’égalité. 

Dans un contexte marqué par le rétrécissement de l’espace civique et la montée de l’autoritarisme, la défense des droits des personnes LGBTQIA+ est indissociable de la défense des principes démocratiques. Aucunedémocratie ne peut prétendre être pleinement inclusive lorsque des communautés entières sont criminalisées, exclues de l’espace public, ciblées par des discours de haine ou privées d’une protection égale devant la loi. À travers la région euro-méditerranéenne, les luttes des personnes LGBTQIA+ restent profondément liées les unes aux autres, rendant la solidarité transfrontalière plus essentielle que jamais. 

L’IDAHOBIT ne peut se réduire à un exercice annuel de visibilité symbolique tandis que persistent la violence, la criminalisation et les discriminations. Sans protection concrète, la visibilité reste vulnérable. Sans application effective, les droits demeurent des engagements sans portée réelle. 

Aujourd’hui, nous réaffirmons notre engagement collectif à défendre la dignité, l’égalité, la liberté et la justice pour les personnes LGBTQIA+ à travers la région euro-méditerranéenne. Face aux reculs actuels, la solidaritésymbolique ne suffit plus : elle doit s’accompagner de courage politique, de mesures concrètes et d’une redevabilité constante.