Dialogue Tripartite Société Civile -Tunisie -Union Européenne : lancement d’une deuxième phase

Rapport d'Activité, Rétrécissement de l'espace de la société civile, Tunisie

« Dialogue Tripartite Société Civile -Autorités Tunisiennes-Union Européenne »

 

Le 07 avril 2016, EuroMed Droits a organisé une conférence de presse dans ses locaux à Tunis, pour lancer son projet de « Dialogue Tripartite Société Civile -Autorités Tunisiennes-Union Européenne »soutenu par la Délégation de l’Union européenne.

Ce projet, qui est une continuité du projet « Mobilisation de la société civile dans le suivi des relations entre la Tunisie et l’Union Européenne », vise à inclure la société civile dans les relations entre l’Union Européenne et la Tunisie et ce pour les quatre thématiques :

  • Réforme de la Justice et Justice transitionnelle
  • Droit des femmes et égalité hommes-femmes
  • Droits des migrants et des réfugiés
  • Droits économiques et sociaux

Le lancement de ce projet a été assuré par M. Michel Tubiana, président d’EuroMed Droits, M. Kamel Jendoubi, Ministre tunisien chargé des relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et les droits de l’Homme, et M. Johannes Hahn, Commissaire Européen à la Politique Européenne de Voisinage et aux Négociations d’Élargissement. Lors de cette conférence, un signal fort a été donné à la société civile, aussi bien par le représentant du Gouvernement tunisien que par celui de l’Union Européenne quant à l’implication de la société civile dans le suivi des relations entre l’UE et la Tunisie.

DSC_0325SITE

A l’occasion du lancement de cette deuxième phase du dialogue tripartite, Michel Tubiana président d’EuroMed Droits a souligné l’importance de ce dialogue; dans la mesure où il représente à la fois un engagement politique, pour le Gouvernement tunisien à mettre en œuvre la stratégie de réforme définie conjointement par les deux parties et également pour l’Union Européenne afin d’appuyer cette stratégie dans laquelle la société civile est impliquée.

La présence du Gouvernement tunisien, en la personne de M. Kamel Jendoubi, ministre chargé des Relations avec les Instances constitutionnelles, la Société civile et des Droits de l’Homme prouve l’intérêt manifeste à l’égard de la société civile tunisienne. C’est également le signe de l’importance que l’Union Européenne, au travers du Commissaire Hahn, porte à la société civile, ici ou ailleurs.

Ce dialogue tripartite représente un exemple pour un grand nombre de pays dans le monde. Tout particulièrement dans cette région du monde qui n’a connu que des systèmes totalitaires, au sein desquels, la société civile, souvent persécutée, a développé des réflexes d’autodéfense, peu propices au dialogue et à la concertation.

La première phase de ce projet a été un succès parce que les choses ont pu être clairement formulées, mais surtout parce que la société civile a été réellement impliquée dans ce dialogue, permettant ainsi la révision ou la prise en considération de recommandations qui ne peuvent être portées que par une société civile soucieuse d’instaurer un état de droit qui respecte les valeurs universelles des  droits humains .

Sur les quatre thématiques prioritaires retenues, la société civile, le Gouvernement tunisien et l’Union Européenne n’auront nécessairement pas les mêmes options, ni la même vision, ni les mêmes réponses. Par exemple, la question des migrants et des réfugiés révèle quelques différences de position entre la politique de l’UE et celle de la société civile.

Cependant, ce dialogue tripartite représente une vraie vie démocratique. Il permet aux hommes et aux femmes de Tunisie de s’emparer de ces débats, de ne pas les supporter comme des objets, mais de les animer en tant qu’acteurs, porteurs d’une réflexion et de nouvelles pratiques.Malgré les difficultés internes et externes vécues par la Tunisie, notre vision commune est que les Droits de l’Homme vivent et prospèrent dans cette région du monde.

Profitant de l’occasion de la présence du commissaire Hahn et du ministre Kamel Jendoubi, EuroMed Droits a invité des représentants de la société civile afin d’offrir une autre occasion effective de dialogue tripartite. Cette séance a permis aux associations membres des différents groupes de travail de la phase une du projet de présenter l’essentiel des recommandations, mais également d’émettre clairement leurs inquiétudes et leurs doutes quant aux différents partenariats établis entre la Tunisie et l’Union Européenne. Certains problèmes ont été soulevés par les participants, dont notamment la question migratoire et la Politique Européenne de voisinage. Dans ce sens, les représentants de la société civile ont appelé les autorités européennes à mettre en œuvre des solutions pour le développement et les droits économiques et sociaux et d’œuvrer pour la stabilité politique, afin de résoudre notamment la crise migratoire. D’autre part, la société civile tunisienne observe et constate qu’en matière de migrations, il n’y a pas de partenariat d’égal à d’égal qui soit basé sur le respect des Droits Humains et ce, ni en Europe ni en Tunisie.

DSC_0503SITE

Lors de cette séance consacrée à la société civile, il a beaucoup été question de l’Accord de Libre Echange Complet et Approfondi  et surtout de la nécessité d’examiner son impact sur tous les secteurs socio-économiques en Tunisie. De ce fait, il est indispensable que le Gouvernement tunisien élabore ses propres études d’impact, comme l’a fait le Maroc. Les représentants de la société civile ont également insisté sur l’importance de faire le bilan des accords de libre-échange de ces vingt dernières années et de leur impact sur l’économie locale.

La présence du Commissaire Hahn en Tunisie a une valeur symbolique. Elle vient rejoindre une attente pressante de la société civile, celle de voir véritablement un renouvellement de la Politique Européenne de Voisinage. Il est nécessaire d’avoir une politique tournée vers une implication consultative et décisionnelle de la société civile et de mettre fin à une politique interétatique qui a prévalu jusque-là. Il est également important de mettre en place un dispositif de concertation de manière à pérenniser les relations, et que la société civile cesse d’être consultée de façon sporadique et occasionnelle, mais qu’elle puisse réellement s’exprimer, dans un cadre précis, sur les fondements des stratégies adoptées par la Tunisie. Enfin, la société civile doit avoir une visibilité sur les moyens financiers mis à disposition de la Tunisie afin d’assurer le suivi de ces politiques.

En Tunisie, pour la première fois, des avancées concrètes et convaincantes ont été réalisées sous le toit d’EuroMed Droits, grâce à une coordination qui a réussi à mobiliser la société civile dont le cercle d’initiés ne cesse de s’élargir. Un intérêt spécial est également accordé à la coopération internationale entre la Tunisie et l’UE, notamment dans les régions les plus reculées de Tunisie – à travers une série de conférences régionales qui couvriront les vingt-quatre gouvernorats- et ce afin d’éviter la mise en place d’accords néfastes pour ces régions.