Plus d’un mois après la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, qui a déclenché un conflit régional en spirale, le Moyen-Orient est le théâtre de graves violations du droit international aux conséquences humanitaires dramatiques. Les bombardements et combats ont provoqué des pertes civiles importantes et la destruction d’infrastructures essentielles, notamment des hôpitaux, écoles et réseaux énergétiques.
À l’échelle régionale, les déplacements se comptent en millions, avec des pays comme le Liban déjà confrontés à des flux massifs de populations fuyant les zones de combat. Plus d’un million de Libanais·es ont été déplacé·es de force, tandis que d’innombrables autres restent piégé·es dans les zones touchées par le conflit, avec peu ou pas d’accès aux services de base avec des attaques délibérées visant le personnel médical et les journalistes. Selon le ministère de la Santé Libanais, en date du 1er avril 2026, plus de 1300 personnes ont été tuées, dont 125 enfants, et plus de 3900 ont été blessées.
L’extension de la guerre au Liban et à toute la région relève d’une dynamique d’escalade rendue possible par l’impunité totale et l’absence de mécanismes de responsabilité pour les crimes commis dans le Territoire palestinien occupé (TPO), dans un contexte politique marqué par le vote à la Knesset d’une nouvelle loi sur la peine de mort visant les Palestiniens, tandis que le génocide perpétré à Gaza se poursuit et que la violence des colons s’intensifie en Cisjordanie.
Face à l’ampleur des conséquences de la guerre sur la région et le monde entier tant humanitaire, qu’économique, énergétique et environnementale, une réponse forte et fondée sur le respect du droit international est nécessaire de la part de la communauté internationale – en particulier de l’Union européenne.
L’UE doit répondre d’une voix ferme et unie. Au-delà des désescalades et à la protection des civils, l’Union européenne doit suspendre immédiatement l’Accord d’association UE–Israël, en réponse à la violation manifeste de l’article 2, et adopter une position claire et ferme contre la logique de guerre et les violations systématiques du droit international que les États-Unis promeuvent et soutiennent dans la région.
L’Union européenne doit également affirmer sa souveraineté économique et juridique en activant et en renforçant le règlement de blocage de l’UE — l’instrument par lequel l’Union interdit aux opérateurs basés dans l’UE de se conformer aux sanctions extraterritoriales imposées par des pays tiers, protège les entreprises européennes contre les jugements de tribunaux étrangers découlant de ces mesures et leur accorde le droit de récupérer les dommages subis en conséquence, sauvegardant ainsi les relations commerciales de l’Europe, ses engagements humanitaires et ses choix de politique étrangère contre la politique coercitive et unilatérale des États-Unis.
La violence et l’instabilité déclenchées par cette guerre provoquent des déplacements forcés massifs — une conséquence directe et prévisible que l’Europe ne peut ignorer. Des millions de personnes fuient les bombardements, la destruction et les persécutions. L’Union européenne a, à la fois, une obligation légale et une responsabilité morale d’y répondre. Conformément à la Convention de Genève, l’Europe ne doit pas réagir à cette crise en proposant, comme le reflètent les conclusions du Conseil européen du 19 mars, un renforcement des contrôles aux frontières extérieures. Au contraire, l’Union européenne devrait promouvoir des voies sûres et légales ainsi que des mécanismes de protection solides pour les personnes directement affectées par le conflit, dans le plein respect du droit international des réfugiés.
À la lumière du récent vote sur le Règlement Retour, EuroMed Droits dénonce la tendance dangereuse consistant à externaliser la gestion des migrations et de l’asile vers des pays tiers, en réduisant drastiquement les garanties des droits fondamentaux et en introduisant des formes de coopération périlleuses avec des pays qui ne disposent souvent pas de protections adéquates en matière de droits humains.
À l’occasion du dixième anniversaire de l’accord UE–Turquie, et à la lumière de la détérioration du traitement des migrants et des réfugiés en Libye, en Égypte, au Liban, en Turquie et en Tunisie à la suite d’accords bilatéraux avec l’Union européenne et ses États membres, l’Europe doit cesser de laisser sa politique étrangère être dictée par des objectifs de contrôle migratoire, mettre fin à la coopération avec les pays qui violent les droits des personnes en déplacement sur leur territoire et intégrer des mécanismes solides de monitorage en matière de droits humains dans ses politiques migratoires internes et externes.
Plus que jamais, seule une politique fondée sur les droits humains, la responsabilité, la justice et la protection des civils peut garantir la cohérence de l’UE avec ses valeurs fondatrices et ses obligations internationales. Les enjeux ne pourraient être plus élevés : une Europe qui détourne le regard pendant que le droit international est bafoué, qui ferme ses frontières à ceux qui fuient les guerres qu’elle ne parvient pas à arrêter et qui laisse l’impunité devenir la norme, ne nuit pas seulement à sa propre crédibilité — elle contribue activement à l’effondrement de l’ordre mondial dont dépendent en fin de compte la sécurité, les droits et la dignité de tous les peuples, y compris des Européens. Il n’existe aucun refuge contre les conséquences de cet effondrement ; l’inaction aujourd’hui est une complicité dans l’anéantissement de demain.
