La crise en Ukraine doit changer la donne dans les négociations FMI-Egypte

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L’Égypte est durement touchée par les répercussions mondiales de l’invasion russe en Ukraine, mais un nouvel accord de prêt entre le Fonds monétaire international (FMI) et l’Égypte n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour les plus pauvres du pays.   

Premier importateur mondial de blé, dont 80% provient d’Ukraine et de Russie, l’Égypte connaît une crise de sécurité alimentaire imminente. Le pays souffrait déjà d’une crise économique due au COVID-19 : le taux d’inflation a atteint près de 9% en février dernier, les prix des denrées alimentaires s’envolent et un tiers des Égyptien.ne.s (30 millions de personnes) vivent sous le seuil de pauvreté, ce qui a amené le gouvernement à demander au FMI un nouveau soutien financier le 23 mars.   

Le FMI a accordé, par le passé, des prêts importants à l’Égypte dans le but de stimuler la croissance et de créer des emplois tout en protégeant les groupes vulnérables, mais il n’a pas réussi à faire avancer les réformes concrètes indispensables qui pourraient aider la population du pays sur le long terme. Au contraire, les précédents accords de prêt ont généré des mesures d’austérité qui, depuis 2016, ont augmenté le coût de la vie et les inégalités économiques en Égypte.  

Les accords de prêts internationaux sont des mécanismes bien connus pour exiger des réformes, mais si l’objectif est d’atténuer le risque de pauvreté dans le pays, le FMI doit demander des réformes qui renforcent la capacité de l’Égypte à assurer une sécurité sociale, plutôt que d’exiger des privatisations et des coupes dans le secteur public.  

Assurer la sécurité sociale d’une population de 103 millions d’habitant.e.s est une tâche importante ; cependant, il y a des ressources à trouver, notamment en luttant contre la corruption et en réformant le système fiscal. En 2016, il a été rapporté que les plus pauvres dépensaient deux fois plus que la part des 10% les plus riches pour une taxe TVA introduite dans le cadre d’un programme du FMI, permettant aux plus riches d’avoir un impôt à très faible revenu, et donc d’éviter de payer leur juste part à la collectivité.  

L’impôt a été reconnu par l’ONU comme un outil clé pour la réalisation des droits humains, car il a le potentiel de réduire la pauvreté et les inégalités, et il est inestimable pour réaliser le droit à la santé, à la sécurité sociale, à l’éducation et à l’alimentation. Il est donc nécessaire que le FMI combine un prêt avec une exigence de réforme fiscale progressive en Égypte.  

Par le passé, les prêts du FMI ont eu pour effet de frapper encore plus durement les plus pauvres en Égypte en raison des mesures d’austérité. Il est temps d’exiger des réformes qui permettront de constituer des fonds publics afin que chacun.e en Égypte puisse un jour bénéficier de la sécurité sociale et alimentaire.  

Le 4 avril 2022, sept organisations, dont EuroMed Droits, ont appelé le FMI à profiter de ses négociations de prêt avec l’Égypte pour promouvoir les droits socio-économiques.  

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