Turquie

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  • État des lieux des violences à l’égard des femmes en Turquie : lire notre fiche technique ici
Turquie

Le 15 juillet 2016, plusieurs centaines de civils, soldats et policiers ont perdu la vie lors d’une tentative de coup d’État orchestrée par une faction militaire en Turquie. Rien ne peut, certes, justifier un coup d’État militaire et les responsables doivent évidemment être traduits en justice, mais cette tentative manquée de coup d’État n’aurait pas dû servir de prétexte aux autorités turques pour fermer des milliers d’organisations de la société civile et museler les médias indépendants tout en maintenant les médias sociaux sous l’étroite surveillance du gouvernement. L’année 2016 a été déclarée comme la pire année pour les droits humains en Turquie depuis que le pays est devenu candidat à l’adhésion à l’Union européenne (UE) en 1999. Lire le rapport (en anglais) de l’Association des droits de l’Homme de Turquie (IHD) ici. Selon le Comité pour la protection des journalistes, la Turquie était en 2017 le pire geôlier du monde pour la deuxième année consécutive, avec 73 journalistes derrière les barreaux.

Depuis 2016, les purges de fonctionnaires et d’enseignants universitaires touchent plusieurs défenseurs des droits humains, également victimes d’arrestations, de harcèlement judiciaire et, dans bon nombre de cas, d’interdictions de voyager à l’étranger. Les violations continues du droit à un procès équitable et des droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique ont des effets dévastateurs sur l’espace de la société civile en général.

Le 16 avril 2017, la réforme constitutionnelle a été adoptée par référendum, mettant ainsi un terme à l’indépendance de l’appareil judiciaire et amoindrissant le rôle du Parlement, tout en renforçant les pouvoirs exécutifs du Président. Dans ce contexte, le septième renouvellement de l’état d’urgence en avril 2018, parallèlement à l’intervention militaire turque en cours en Syrie, présage une nouvelle réduction de l’espace pour les voix dissidentes et la société civile.

Migrants et réfugiés

Ces attaques contre l’État de droit et le manquement aux obligations de la Turquie en matière de droits humains n’ont pas empêché l’UE et ses États membres de traiter avec Ankara dans le domaine de la migration et de l’asile en vue de renforcer les contrôles aux frontières. En décembre 2013, l’UE a signé un accord de réadmission avec la Turquie, contre lequel EuroMed Droits et ses organisations membres l’avaient mise en garde. La déclaration UE-Turquie a clairement montré la disposition de l’UE à négocier sur les droits des migrants et des réfugiés au nom de la coopération, et ce malgré plusieurs documents prouvant que la Turquie n’est pas un pays « sûr ».

La Turquie est l’un des pays qui accueille le plus de réfugiés venus de Syrie, avec plus de 1,7 million en 2015 d’après le HCR de l’ONU, ce qui a conduit les autorités à fermer le dernier point de passage frontalier en mars 2015. Malgré l’application géographiquement restrictive de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés aux réfugiés européens, la loi de 2014 sur les étrangers et la protection internationale a prévu de meilleures garanties juridiques pour les droits des migrants et des réfugiés. L’accès à la justice, les droits économiques et sociaux, ainsi que la mise en œuvre effective de cette nouvelle loi, restent toutefois des défis de taille.

Égalité des genres et droits des femmes en Turquie

La Turquie a été le premier pays à ratifier la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique (« Convention d’Istanbul ») en 2012. Afin d’examiner la mise en application de la Convention d’Istanbul par le gouvernement, malgré les mesures de répression mises en place contre la société civile, une coalition d’organisations turques a présenté un rapport parallèle informatif à l’été 2017.

Ces dix dernières années, la Turquie a enregistré une forte augmentation des violences à l’égard des femmes malgré l’adoption de plusieurs réformes législatives conformes aux normes de l’ONU et aux critères d’adhésion à l’UE. L’affaire d’Özgecan Aslan, victime d’une tentative de viol et d’un meurtre sordide en février 2015, a mis en évidence la culture profonde de violences à l’égard des femmes ainsi que l’échec du gouvernement à combattre ce problème de façon significative.

Le 19 octobre 2017, le parlement turc a approuvé la « Loi Mufti » qui donne le droit aux muftis enregistrés auprès de l’État d’effectuer des mariages civils, marquant ainsi une prise de distance manifeste par rapport au sécularisme de la Turquie.

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